Black Panther est-il la fantasmagorie du Black Léopard tué dans l’œuf ?

[vc_row css= ».vc_custom_1482985432511{margin-bottom: 10px !important;} »][vc_column][vc_single_image image= »4773″ img_size= »large » alignment= »center »][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_wp_text]Ce début 2018 a été marqué par la sortie du blockbuster Black Panther, produit par les studios Disney. Le succès du film, dont le premier week-end a permis de récolter plus de 190 millions de dollars de recettes(1), montre bien la soif des afro descendants de voir un héros aux pouvoirs surnaturels avec une représentation qui leur correspond davantage. Black Panther était très attendu, non seulement par les afro descendants mais également par les critiques médias qui n’ont pas manqué de souligner le caractère historique de ce produit Marvel de par sa représentation majoritaire de super-héros noirs. Nul doute que cette orientation de communication a été fortement appuyée par les producteurs de Disney eux-mêmes, surfant sur la vague du communautarisme afro afin d’attirer le plus de spectateurs possible sur cet opus des aventures des héros marvel.

Toutefois, cette fiction mérite d’être mise en perspective avec la réalité historique. A quel point a-t-elle des similitudes avec la réalité ?[/vc_wp_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_wp_text title= »Revenons sur l’histoire de Black Panther en bref »]Black Panther met en avant un jeune homme reprenant le trône de feu son père sur le royaume du Wakanda. Ce Pays fictif, caché au reste de l’humanité, est doté d’une technologie très avancée avec notamment un minerai très précieux nommé le vibranium qui n’existe qu’en territoire Wakandais. Ce minerai confère au Wakanda une performance technologique considérable de par ses propriétés. C’est justement cet élément qui est au centre des velléités d’accaparement par des personnalités externes au royaume. L’un des personnages en question, nommé Killmonger, étant le fils du frère du défunt roi du Wakanda. C’est alors que se révèle la vision et l’ambition de Killmonger, né aux Etats-Unis et éduqué dans de prestigieuses écoles de technologies américaines et ayant servi dans l’armée américaine notamment en Afghanistan. Ce dernier, souhaite utiliser la technologie du Wakanda afin de permettre de « sauver » les peuples noirs du monde entier de leur condition désavantageuse dans les différents pays dans lesquels ils se trouvent. Killmonger montre une vision vengeresse et dominatrice pour la population noire à travers le monde. Cette vision a séduit bon nombre de spectateurs, certains allant même à le préférer à T’Challa, le Black Panther héritier du trône, qui a une posture davantage diplomate et universaliste.

[/vc_wp_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_wp_text title= »Le Royaume du Wakanda existerait-il vraiment ? »]Après avoir posé le contexte du film, nous résumons donc les éléments : nous avons un super-héros assimilé à un animal bien représenté en Afrique, un royaume africain et enfin, un minerai qui n’existe qu’au sein dudit royaume, lui conférant un avantage stratégique considérable. Il se trouve que dans la réalité, il existe un « Royaume » avec des traits semblables au Wakanda. Il s’agit du Royaume Kongo, situé en Afrique centrale. Ce royaume étant désormais éclaté en plusieurs pays après la conférence de Berlin de 1884-1885, à la suite de laquelle les principaux pays impérialistes européens se sont répartis des zones d’influences respectives et ont créé des frontières en méprisant la souveraineté des territoires africains en question et les réalités ethniques du terrain, ce qui constituera plus tard le terreau fertile de nombreuses guerres civiles. Concernant le royaume Kongo, les Pays suivants ont vu le jour après éclatement du royaume : Etat indépendant du Congo (Congo-Kinshasa), Congo (Congo-Brazzaville) et l’Angola. Le territoire de l’ancien Royaume Kongo est pourvu de terres fertiles et d’un sous-sol immensément riche, mais nous zoomerons particulièrement sur le communément nommé Congo-Kinshasa, désormais devenu République Démocratique du Congo (RDC), notamment avec son Coltan (ou Colombite Tantalite) nécessaire aux matériels de technologies de pointe (tels que nos actuels téléviseurs ou smartphones) ou encore l’uranium nécessaire pour les activités nucléaires (civiles ou militaires). C’est justement de l’uranium du Congo-Kinshasa qui a servi à environ 65% dans la fabrication des bombes de Hiroshima et Nagasaki(2). Et certaines sources affirment même que 70% de l’uranium utilisé pour la campagne d’essais en vue de confectionner la bombe A venait du Congo-Kinshasa (de la région du Katanga plus exactement). Nous pouvons donc clairement mettre en relation les intérêts géostratégiques des Etats-Unis avec le « Royaume Kongo ».[/vc_wp_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_wp_text title= »Le contraste entre fiction et réalité »]Lorsque l’on sait que les Etats-Unis sont à l’origine de l’assassinat de leaders indépendantistes, dont le plus célèbre est Patrice Emery Lumumba, qui souhaitaient faire profiter à leur population des bénéfices de la richesse de leur propre sous-sol; Lorsque l’on sait l’ampleur de la prédation des entreprises américaines de négoce de minerais; Lorsque l’on sait les campagnes de destabilisation des Etats-Unis dans la région du Katanga en utilisant des proxy régionaux, nous ne pouvons qu’avoir un sentiment paradoxal en se disant que fictivement, Black Panther, super-héros africain a vu le jour grâce à 2 américains, à savoir Jack Kirby et Stan Lee mais, dans la réalité, les dirigeants américains sont loin de promouvoir l’émergence d’un quelconque héros (encore moins un super-héros) africain (peut-être les auteurs ont eu cette lucidité d’inspirer au royaume de Wakanda la volonté de rester caché au reste du monde pour éviter toute convoitise et prédation de la part de Pays ayant un paradigme civilisationnel impérialiste). Les Etats-Unis laissent donc une bien maigre consolation aux afro descendants en leur offrant un super-héros fictif régnant sur un immense territoire rempli de richesses naturelles incommensurables et qui a le luxe de choisir entre s’ouvrir au partage de la technologie de son Pays ou bien de rester discret sur la véritable puissance de celui-ci (le choix effectif de la fiction laisse d’ailleurs à réfléchir).

Tout en reconnaissant une excellente symbolique, des références historiques subtilement amenées et une belle esthétique, Black Panther ne serait-il alors qu’une fiction offerte aux afro descendants pour masquer une réalité bien moins reluisante qui est que les Etats-Unis s’évertuent depuis la découverte du potentiel congolais, à tuer dans l’œuf tout espoir d’un héros africain, et encore moins d’un éventuel Black Léopard(3) régnant au « Royaume Kongo » ? D’autant plus que les retombées économiques du film profiteront principalement à l’économie US tout en ayant exploité les éléments de culture propre à l’Afrique. Gageons que le réalisateur, au travers de savants mélanges de messages politiques et de beauté des images, a souhaité permettre l’éclosion d’une idée de réappropriation des richesses par les africains afin que ceci puisse un jour devenir (enfin) réalité avec « un esprit Black Léopard » endossé par l’ensemble du peuple, capable de déjouer toutes les difficultés émanant d’organismes perturbateurs exogènes.

 

 

Sources & annotations :

(1) : Le point : http://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/black-panther-depasse-toutes-les-esperances-au-box-office-19-02-2018-2196094_2923.php

(2) : Luc Barbé dans son ouvrage « België en de bom »

(3) : L’animal phare de la RDC étant le Léopard (c’est d’ailleurs comme cela qu’est surnommée l’équipe de football)

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